Saturday, August 06, 2005

Je Veux Vivre au Venezuela

Le professeur canadien Pierre Mouterde fait une description combien élogieuse de la révolution bolivarienne d'Hugo Chavez dans un article publié dans l'edition du 5 août du journal canadien Le Devoir.

Mouterde, qui a visité Haiti en mars 2005 et qui semble connaitre notre pays assez bien, nous présente une révolution bolivarienne qui développe "une économie «inclusive», fondée sur l'humain et gérée sur le mode de ce qu'on pourrait appeler un «keynésianisme radical»."

Cela semble beau tout cela, mais il y a des hics, et pas des moindres. Une re-lecture de l'article nous permet de cerner certaines faiblesses majeures du plan Chavez:
  • Chavez n'est capable de réaliser tous les projets en cours que grâce aux pétrodollars que PDVSA, la compagnie pétrolière vénézuelienne, accumule. Si les prédictions de Goldman Sachs se réalisent - à savoir le baril à 100 dollars US - la révolution bolivarienne a de beaux jours devant elle. Mais si le baril viendrait à chuter, gare au réveil douloureux!
  • Le modèle vénézuelien, que Mouterde espère voir s'étendre à travers le continent, n'est justement pas exportable parce que basé sur des conditions particulières au Venezuela, ce pays étant le 5ème pays exportateur de pétrole au monde. Chavez a-t-il l'intention d'utiliser ses pétrodollars pour aider les autres pays d'Amérique Latine de la même manière qu'il le fait chez lui? Il n'en a pas les moyens.
  • Le modèle prôné par Chavez ne peut être durable s'il n'est pas profondément modifié. D'une part, tout autant qu'il n'inclura pas un plan permettant un auto-financement des activités indépendamment des revenus pétroliers, ce plan sera à la merci du cours du marché pétrolier (quelle ironie - un plan anti-néo-libéral basé sur une industrie néo-libérale). D'autre part, il est fort à prévoir qu'il y aura des dérapages au niveau de la gestion des fonds à moins de l'instauration d'un régime fort - pour ne pas dire autoritaire - qui permettra un contrôle de la corruption. Sinon, le Vénézuela vivra la corruption à l'aristidienne mais centuplée vu les montants concernés. Le développement d'un tel régime ira à l'encontre du plan de "démocratie participative" prôné par Chavez.
Le professeur Mouterde conclut en disant ceci:
La révolution bolivarienne a néanmoins ceci d'intéressant : elle montre que lorsqu'on en a la volonté politique, il est possible d'inventer, loin des diktats néolibéraux, de nouvelles formes de développement social, en somme de transformer, comme l'affirme le célèbre latino-américaniste Frantz Hinkelammert, «l'impossible en possible».
Que de beaux concepts! Mais Mouterde devrait aussi se poser les questions suivantes:
  • Chavez sera-t-il aussi populaire le jour où le cours redescendra à US$ 40 ou même US$30?
  • Qui paiera alors la facture? Le peuple qui devra maintenant être taxé pour soutenir les subventions qu'il obtenait?
  • La popularité de Chavez est-elle basée sur une idéologie solide, et donc durable et porteuse d'espoir pour le futur, ou sur la capacité du gouvernment Chavez de re-distribuer la rente pétrolière, scénario aléatoire et plein de dangers?
L'histoire a démontré que la gestion de rentes en tant que base d'un sytème idéologique n' a jamais bien servi ses promoteurs. Et ceci demeure une différence fondamentale entre le régime de Fidel Castro - aussi abominable soit-il sur bien des plans - et celui de Chavez.

Je prédis un effondrement de la révolution bolivarienne à cause de ses contradictions internes et de sa dépendence par rapport au cours du pétrole qu'elle ne contrôle pas .